CASS au pied de l'arbre de la connaissanceL’homo sapiens, ce nain inventif a souvent eu une tâcheuse propension à se prendre pour Dieu. Apprenti sorcier, il veut toujours monter plus haut aux branches de l’arbre de la Connaissance et comme un singe savant…fou bousille allègrement la planète. Ce mythe de Faust, Cass l’équilibre par ses rêves, ceux d’un Chaman par exemple, voué à la nature et aux esprits. Il ne propose ni message, ni militantisme dans sa création mais offre à notre perception une indéniable charge de l’esprit puisée depuis les traces premières de l’humanité. Observateur quelque peu panthéiste, Cass endosse aisément les oripeaux de Don Quichotte, autre personnage récurrent de son inspiration et dépositaire chevaleresque de valeurs altruistes et «noblement désintéressées».
Comme l’homme de la Mancha, il a la tête empanachée de chimères auxquelles s’unissent la plupart des mythologies, de l’Odyssée d’Homère au monde de Wotan et légendes nordiques, aujourd’hui indissociables de l’atmosphère particulière des symphonies de Wagner. Ses sources se chargent au philtre des ses fantasmagories, au travers d’un état d’écriture automatique où plusieurs mémoires en plusieurs plans se superposent dans la globalité de ses perceptions. Hasards… calculés, témoignages Magdaléniens. Art antique, grec, étrusque, byzantin… jusqu’à l’Afrique où il vécut. Les strates multiples d’ « héritages millénaires » (titre de son dernier recueil) n’entament d’ailleurs pas les contours d’une âme profondément Celte. Véritable anthologue, bestiaire symbolique, imagerie universelle, son œuvre peint se décrypte aux filigranes du rupestre, de l’écrit et de la musique aux accents de Rimbaud, d’Eluard, D’Apolinaire, de Beaudelaire.
Bleus et rouges, siennes et ocres brûlants étendent leur résonance, leurs vibrations et apprivoisent la lumière dans la transparence nacrée de la matière gravée dans la mémoire du temps.
En prédelle de retable, une frise enserre ses fresques, souligne le propos et prolonge le champ de l’imaginaire. Souvent, une colombe bleu-céleste, annonciatrice d’espoir, ailes déployées, s’y pose délicatement.
C’est le sceau, l’empreinte de Cass, symbole suprême d’Amour et de Paix…pour demain.
De Jean-Louis AVRIL
UNIVERS DES ARTS – mai 2000 (pages 66-67)
HONFLEUR Entretien avec CassJean-Louis AVRIL : -Journaliste, skipper à la voile, globe-trotter, voyageur en Afrique de l’ouest, vous-y découvrez carnets de croquis en main, l’art primitif. A votre retour en France, en total autodidacte, vous préparez et présentez une première exposition personnelle en 1978 sur le thème « Eros et Thanatos » : Aviez-vous l’intention de boucler ainsi la boucle, dès le départ ?
CASS : -Je suis toujours…suspendu entre la question et la réponse. La cause, la finalité, la croyance et la remise en question, la provocation positive qui trouble l’ordre établi et la liberté, la tolérance dans l’ouverture d’esprit du siècle des lumières.
J.L.A. : Il n’est donc pas surprenant que la pierre angulaire de votre exposition soit de nouveau le héros de Cervantès : Don Quichotte, à la fois chevaleresque et utopique.
CASS : Don Quichotte est un homme qui se donne entièrement à ses causes, sans calcul ni profit personnel. Dans les sociétés d’aujourd’hui, il est l’intrus qui vient brandir sous notre nez nos valeurs en perdition.
J.L.A. : -Si Don Quichotte est présent parmi la trentaine de toiles, de gravures et d’eaux-fortes que vous présentez à Honfleur cet automne, il sera l’événement de cette présentation avec un bronze de 1,60 m pour un poids avoisinant les cent kilos.
CASS : -Je suis fasciné par le bronze. A la mesure de l’homme, le bronze est éternel. Il s’inscrit dans le temps et le traverse. Le bronze a une vibration propice, c’est le magistral support d’un univers aux sonores incantations.
J.L.A. : -L’affiche de l’exposition annonce un autre thème : les quatre saisons. Couleur musique ?
CASS : -« J’ai toujours été frappé par le fait qu’on parle de la peinture en termes musicaux et de la musique en termes…picturaux. J’ai associé dans l’élaboration des œuvres qui composent l’exposition des techniques mixtes et des collages pour bâtir des hommages à Rimbaud, Baudelaire, Cervantès, Cézanne, Picasso, Van Gogh et des musiciens comme Wagner, Vivaldi, Debussy… La musique est certainement l’art le plus abstrait qui soit ; elle a pourtant le pouvoir de nous transporter dans une éblouissante rêverie imagée.
J.L.A. : -La mythologie, les mythologies du monde entier influent profondément les thèmes de votre peinture et son traitement rappelle souvent celui de la fresque.
CASS : -Ces thèmes éternels ont toujours été exploités dans la peinture. Ils sont éternels ont toujours été. Don Quichotte et la folie altruiste, l’éléphant et la culture qu’il véhicule qu’il véhicule entre l’homme et le monde spirituel. Tous ces symboles immuables ont été pérennisés dans un grand écart depuis l’art primitif jusqu’au néo-romantisme. Je l’évoque à la manière d’un imagier d’Epinal, en mélangeant les plans en aplats, en supprimant aussi bien la perspective que le volume. Au-delà de l’aspect décoratif, la fresque avait essentiellement un caractère narratif. Je me sens solidaire de cette tradition ancestrale proche du verbe, le soir… autour d’un feu de bois, quand les flammes sur les murs, racontent les ombres d’une belle histoire.
De Jean-Louis AVRIL
UNIVERS DES ARTS – novembre 2001 (pages 58-59)
L’ART POSTAL D’YVES CASSSi de nombreux artistes ont utilisé l’enveloppe comme support de leurs créations, ils sont tout aussi nombreux à l’intégrer, avec timbres et tampons, dans des travaux de plus vaste dimension. En témoignent, toutes écoles confondues, des œuvres « postales » de Kurt Schwitters, Arman, Robert Motherwell, Antonio Saura, Malevitch ou Andy Warhol.
C’est le dernier défi que s’est lancé Yves Cass, Yves-Pierre Casse pour l’état-civil, peintre né en 1947 à Creil, vivant en Provence depuis 1974, dont les dernières huiles illustrent le goût pour la philatélie, qu’il pratique depuis toujours. Issu d’une famille d’artistes, passé par l’école supérieure de journalisme de Paris avant d’exercer à Paris-Normandie puis, brièvement, à Nice-matin, il n’a cessé de peindre depuis sa jeunesse, participant à de nombreuses expositions depuis 1972. Puisant traditionnellement son inspiration dans la mythologie, la musique, la littérature, les voyages, la nature, « toutes ces beautés fragiles aujourd’hui menacées, comme notre civilisation humaniste, au même titre que les éléphants, les baleines, la forêt amazonienne… », ses colombes de la paix traversent régulièrement ses toiles aux allures de fresques dominées par les tons ocres et bleus. Associant huile et collages postaux depuis deux ans, Yves Cass a donc choisi de revisiter certains de ses thèmes de prédilection à travers une centaine d’œuvres, avec d’autant plus de bonheur que le timbre est porteur, traditionnellement, de valeurs qui sont naturelles à l’artiste : Rimbaud, Saint-Exupéry, Don Quichotte, infatigables voyageurs en quête tragique d’un inaccessible espoir : colombes messagères sans frontières, ou musique, les timbales s’affichant comme autant de notes de couleur.
De Pierre JULLIEN.
Journal « le monde » le 16 novembre 2002
L’ART ET LA MATIERE (Peintre Et Amateur De Timbres Gravés)Le Grand Art Postal D’Yves Cass
The 6 november 2002, in the saleroom of Drouot, in Paris, a Charles Monginot canvas (1825-1900), titrated « Le Chat effronté », reached 3 774 euros under the hammer of the Tajan study. Ce tableau 1 qui met en scène un brave chat, sur une table jonchée de lettres timbrées, précurseur de l’art postal contemporain, montre aussi toute l’actualité de ce sujet. Car, si de nombreux artistes ont utilisé l’enveloppe comme support de leurs créations – voir à ce sujet Les Plus belles enveloppes illustrées de 1750 à nos jours, le livre de Pierre-Stéphane Proust -, ils sont tout aussi nombreux à l’intégrer, la transformer en objet de représentation, avec timbres et tampons, dans des travaux de plus vaste dimension.
Le musée de la Poste de Paris, aux riches collections sur ce thème, leur consacra d’importantes expositions : « Coup d’envois ou l’art à la lettre », du 10 janvier au 25 mars 1989, « Œuvres postales-1993, « De Bouche à oreille », dédiée à Alighiero e Boetti, du 5 mai au 18 juin 1994 ou encore « L’Art du tampon », du 4 mai au 27 août 1995.
Ainsi, en témoignent, toutes écoles confondues, des œuvres « postales » de Kurt Schwitters, Arman, César, Robert Motherwell, Antonio Saura 2, Daniel Spoerri, Malevitch ou Andy Warhol… lointains descendants des « portraits d’homme à la lettre », que recense Jean-Michel Ribettes dans le catalogue de « Coups d’envois », thème récurrent d’œuvres signées Metsys, Holbein, Bassano et Bronzino, artistes du XVIe siècle, qui précèdent « la jeune fille écrivant, recevant ou lisant une lettre (Metsu, Vermeer, Terborch) » du XVIIe siècle et « le trompe-l’œil avec lettres » du siècle suivant.
C’est le dernier défi que s’est lancé Yves Cass, Yves-Pierre Casse pour l’état-civil, « mais Cass est en fait la vraie orthographe de mon nom que je tiens d’un ancêtre ayant appartenu à la garde écossaise de Louis XV », précise-t-il. Peintre né en 1947 à Creil, vivant en Provence depuis 1974, ses dernières huiles illustrent son goût pour la philatélie, avec une préférence pour les timbres gravés : « je ne suis pas amateur des timbres de la génération offset ».
Issu d’une famille d’artistes, « notamment un arrière-grand-père, pastelliste qui collabora à la réalisation des statues équestres de la place Stanislas de Nancy ».Yves Cass est passé par l’Ecole supérieure de journalisme de Paris avant d’exercer à Paris-Normandie de 1967 à 1973, où il devient responsable de la page culturelle de l’édition de Caen, puis, brièvement à Nice-Matin, avant de se consacrer entièrement à la peinture. En effet, il n’a jamais cessé de peindre depuis sa plus tendre enfance, participant à de nombreuses expositions depuis 1972, en France et à l’étranger.
Des toiles aux allures de fresques.
Puisant régulièrement son inspiration dans la mythologie, la musique (Wagner, le jazz), la littérature, les voyages – en particulier l’Afrique, où il effectue de nombreux séjours -, la nature, « toutes ces beautés fragiles aujourd’hui menacées, comme notre civilisation humaniste, au même titre que les éléphants, les baleines, la forêt amazonienne… », ses colombes de la paix traversent régulièrement ses toiles aux allures de fresques dominées par les tons ocres et bleus : « les ocres sont les teintes chaudes qui valorisent les bleus, teintes froides. Au niveau symbolique, les ocres appartiennent à la terre, les bleus au ciel, à l’espace, à l’infini, au rêve. »
Dans Héritages millénaires, livre-catalogue préfacé par Martin Gray, paru en 1999 aux Editions Miroir de l’Art, à Bruxelles, Yves Cass répond aux questions de Thierry Sznytka, d’Arts Actualités Magazine : « Vénus, symbole de beauté et d’amour : tout le monde connaît ! Même chose pour l’arche de Noé ou l’arbre de vie (…), ils rejoignent l’universalité et prennent une part d’éternel. J’évoque ces thèmes, à la manière de l’imagerie Epinal. Dans ma jeunesse, les affiches de cinéma faisaient fonctionner l’imaginaire. Mes tableaux sont à l’identique. Je mélange plusieurs plans en aplats, supprimant aussi bien la perspective, que le volume. Mes personnages sont de profil, à l’antique, parce qu’un regard est toujours plus ou moins, dérangeant. D’ailleurs, les fresques avaient un aspect décoratif et un caractère narratif indéniables. Je renoue avec cette tradition d’esthétisme ».
Associant huile et collages depuis deux ans, Yves Cass a donc choisi de revisiter certains de ses thèmes de prédilection à travers une centaine d’œuvres, avec d’autant plus de bonheur que le timbre est porteur, traditionnellement, de valeurs qui sont naturelles à l’artiste : Rimbaud, Saint-Exupéry, Don Quichotte, souvent honorés par la philatélie, infatigables voyageurs en quête tragique d’un inaccessible espoir : colombes messagères sans frontières, ou musique, les timbres s’affichant comme autant de notes de couleurs… « Je suis philatéliste depuis l’enfance, explique-t-il, essentiellement des timbres français, gravés. Dans la variété des thèmes abordés par la poste au cours de son histoire, j’ai eu le sentiment d’une rencontre avec les miens. La valorisation de l’humanisme, des voyages, des rencontres entre les hommes et ceux qui ont bâti notre culture et nos valeurs ».
Attention : s’il lui arrive d’utiliser des originaux (lettres, enveloppes, timbres), « habituellement, ils sont scannés et modifiés en taille et en couleurs. Ces dernières sont fixées et stabilisées pour éviter les outrages du temps ». Comme pour cet hommage à Saint-Exupéry, évoquant le Petit Prince, où une colombe serre dans son bec une lettre, adressée à « Monsieur Saint-Exupéry », revêtue d’une flamme d’oblitération qui proclame que « L’aviation est la plus belle des carrières ».
De Pierre JULLIEN
Timbres MAGAZINE – Février 2003 (pages 56-57)
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